Wednesday, 16 October 2013

Analyse à chaud : le rapport Ashton sur la défense européenne 1. (contexte stratégique, contraintes politiques, approche globale)

Quelques remarques préliminaires sur le rapport Ashton, supposé être une contribution cruciale en vue du sommet « Défense » de décembre prochain. D’abord sur le style. On se sentirait tellement plus confortable sans les tournures à la Bruce Willis, du genre « nous devons passer du bavardage aux actes ». Pas besoin de singer les textes US/OTAN au niveau de la forme pour faire preuve d’allégeance, le contenu est déjà amplement suffisant.

La première partie se propose d'évoquer le contexte stratégique. Le but est de mettre en relief les changements survenus après La stratégie européenne de sécurité de 2003 (et son complément de 2008). En effet, le pivot US et la crise financière sont bel et bien des nouveautés depuis. Sauf que le premier ne fait qu’enlever une feuille de vigne, et la seconde est à peine plus qu’un accélérateur. Les deux pouvant servir de prétexte à des politiques diamétralement opposées, en fonction du choix de chacun.

Le rôle de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune de l'UE) comme « fournisseur de sécurité » est identifié comme tel à plusieurs reprises. C’est même vu comme l’accomplissement n°1 de ses quinze premières années. Ce qui est fort sympathique, mais cache à peine que, dans cette lecture, l’UE a vocation à « fournir la sécurité » à tout le monde et n’importe qui…sauf à ses propres citoyens (la défense collective étant une compétence strictement réservée à l'Alliance atlantique).

Après avoir constaté que « il n’y a pas d’accord sur la vision à long terme de la PSDC », les appels à plus de partage et de mise en commun, ainsi que les sempiternels reproches contre la « fragmentation » n’ont carrément aucun sens. Evidemment que l’on rechigne à se lier définitivement avec ceux dont on ne partage pas les plans.

Sans surprise, l’approche globale est glorifiée tout au long du document. En faisant mine de découvrir l’évidence : pour traiter les conflits et les crises, on a besoin de toute la palette d’instruments. C’est ce que l’on a toujours fait, et c’est ce que l’on continuera de faire. Pas besoin pour cela d’étouffer le volet militaire. A moins que cela ne soit justement le but de l’exercice. Dans ce cas, on comprend tout de suite mieux l’enthousiasme pour la marginalisation en cours du personnel en uniforme sous le slogan de la coordination/fusion, de même que pour leur éparpillement envisagé au prétexte de mieux partager l’expertise.

A suivre.