Wednesday, 16 October 2013

Analyse à chaud : le rapport Ashton sur la défense européenne 2. (relations UE-OTAN)

Le paragraphe consacré aux relations UE-OTAN est un classique du genre. Il préconise toujours plus de coopération, en tissant des liens toujours plus étroits entre l’UE et l’Alliance. Ce qui n’est pas un mal en soi. Sauf quand on connaît ce qu'il y a derrière ces formules toutes faites. Rappelons qu’au lancement de la PSDC (la politique de sécurité et de défense commune de l’UE), la France était extrêmement vigilante à ne pas laisser « la fleur délicate de la défense européenne se faire écraser dans une embrassade avec le géant militaire qu’est l’OTAN ». A l’époque, même une étude du Center for European Reform britannique admet, tout en prêchant pour l’inverse, que « les inquiétudes françaises vis-à-vis des priorités US ne sont pas complètement sans fondement ».

Avançons rapidement, pour voir où nous en sommes aujourd’hui. Pour l’exemple, le Secrétaire général de l’OTAN est devenu un participant régulier aux réunions des ministres de la défense de l’UE. La plupart des représentants militaires ont une double casquette à la fois OTAN et UE (la France elle-même s’y est résignée finalement, ne laissant à part que la Belgique, le Luxembourg et la Grèce). Petit détail révélateur de leur approche otanisée : ils passent en règle générale 6 jours sur 7 au quartier général de l’Alliance, même quand ils discutent de la PSDC.

Surtout, un éventuel re-transfert de la PSDC sous l’aile de l’OTAN est évoqué de plus en plus ouvertement. Le ministre letton de la défense avait recommandé une telle « fusion » dès l’an dernier en public, et des experts éminents se penchent déjà sur les modalités du « rapprochement ». C’est dans ce climat qu’il faut apprécier l’appel du rapport Ashton à « faire disparaître les obstacles restants ». 

Le document se dit d’abord « engagé pour garantir la complémentarité » entre l’UE et l’Alliance. Cette fameuse complémentarité dont un ancien chef de l’Etat-major de l’UE avait noté que ce n’était qu’un paravent. Pour le général Jean-Paul Perruche, il s’agit en réalité de restrictions imposées à l’Europe de la défense (pas de défense collective, d’autonomie stratégique et d’autres lubies du même genre).

Le rapport Ashton suggère ensuite de travailler main dans la main en matière de « nouvelles menaces ». Rien ne pourrait faire plus plaisir aux bureaucrates atlantistes. Car il s'agit de questions traditionnellement traitées au sein de l’UE, et dans lesquelles l’Alliance vient de s’immiscer de façon très controversée (telle l’énergie ou le climat). 

Finalement, le texte note que « le développement des capacités dans l’Union va également renforcer l’Alliance ». Cette dernière s’en moque d’ailleurs royalement, puisqu'en riposte à l’initiative de partage des capacités de l’UE (pooling&sharing) elle avait lancé la sienne, appelée Smart Defence. L’enjeu n’est pas mince. Le programme OTAN est en effet un cheval de Troie pour les standards et les industries américains. Avec, comme corollaire, le copiage de leur « manière de faire la guerre ».

Dans ce contexte, on aurait préféré voir le rapport Ashton mettre l’accent sur la nécessaire coordination UE-OTAN, certes, mais sans plus de zèle. Surtout en insistant sur la démarcation nette entre les deux organisations, ainsi que sur leurs autonomies respectives. Une tournure de phrase habituelle, plutôt lourde de sens ces temps-ci. Et qui aurait gagné à être réitérée ici de façon ferme, en lieu et place des multiples louanges sur la PSDC comme un projet superbement « ouvert ».

A suivre.

Lire aussi la première partie (contexte stratégique, contraintes politiques, approche globale).