Monday, 4 November 2013

Petites perles de la semaine écoulée (3 novembre 2013) - compilation des entrées Google+

NSA/Europe
1. Berlin, nid d’espions US. Visiblement, la Chancelière devient susceptible quand on touche à son portable. Pour rappel : jusqu’à la nouvelle que son « instrument de puissance » favori pourrait être surveillé par la NSA, Mme Merkel avait fait profil bas. Elle ne s’était pas offusquée outre mesure en apprenant cet été que ses compatriotes furent massivement écoutés par les services US, ni ne s’était montrée vraiment compatissante quand son partenaire français s’offusquait il y a une semaine. Mais tout ça, c’était avant l’affaire du portable. Depuis, elle n’arrête pas de s’indigner à tout va. Compte tenu des dernières précisions, elle aura encore de quoi. 

Une fois de plus, le constat de la surveillance, de même que les détails techniques importent peu (aussi croustillants qu’ils soient). Il y a plusieurs points d’intérêt, néanmoins. Premièrement, l’humiliation publique : « Merkel doit maintenant répondre à la question de savoir jusqu’où elle est prête à tolérer tout ce qui vient de ses alliés américains », dit le journal. 

Deuxièmement, l’étalage tout aussi public de l’amateurisme/naïveté des services et responsables allemands. « Ils avaient cru aux assurances que Obama leur avait données cet été ». « Le ministre allemand de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich était même allé jusqu'à dire à l'époque que les inquiétudes de l'Allemagne ont été "dissipées" ». Le gouvernement Merkel faisait mine de s’activer, alors qu’en réalité « ils se sont principalement fondés sur l'assurance des Etats-Unis que leurs intentions étaient bonnes ». Mais puisqu’ils voulaient tellement les croire… La méthode Coué dans toute sa gloire. Au point de friser la complaisance, dirait-on. 

Troisièmement, sous l’effet du scandale, d’autres rancunes et griefs risquent de refaire surface. Tiens, tiens, la Chancelière penserait-elle que Obama est « surévalué », « peu fiable », « changeant », « peu soucieux des préoccupations de ses alliés » ? Serait-elle « irritée » par l’attitude de donneur de leçons de Washington dans le domaine financier ? Et, pour couronner le tout, se sentirait-elle « trompée » maintenant dans l’affaire de la NSA ?

Mais que peut-on attendre de tout cela ? A la longue pas grand-chose, honnêtement. Des gesticulations, certes. Peut-être même un appel officiel au gel des négociations de l’accord de libre-échange transatlantique « jusqu’à ce que les accusations contre la NSA soient clarifiées », selon la ministre de l’Economie. Clarifiées par qui ? Par d’autres assurances des Etats-Unis ? Les mêmes assurances que les Allemands devront prendre pour argent comptant en négociant avec les US le pacte de non-espionnage qu’ils désirent tant ? On leur souhaite bonne chance. (Embassy Espionage: The NSA's Secret Spy Hub in Berlin, Spiegel Online, 27 octobre 2013)


2. Analyse de Mark Leonard, directeur du think-tank European Council on Foreign Relations, sur les conséquences, selon lui potentiellement gravissimes, du scandale NSA/Europe. D’après Leonard, l’affaire de la NSA « pourrait faire plus de dégâts aux relations transatlantiques que la guerre en Irak ».  

Sans doute surestime-t-il l’influence de l’opinion publique (indignée et méfiante) sur l’attitude à long terme des gouvernements (accommodants envers les US par habitude et/ou par principe). Rappelons juste que les mêmes prédictions ont été faites il y a 3 ans, au lendemain de la révélation des câbles diplomatiques US par Wikileaks…

Toujours est-il que :  
- Au moins dans l’immédiat, les gouvernements européens seront obligés de faire comme s’ils se souciaient des questions de secret industriel, souveraineté, protection des données etc. Cela implique des gesticulations en ce sens, et ces gesticulations seront forcément interprétées par les US comme de l’ingratitude/hostilité à leur égard. Leur réponse ne se fera pas attendre dans ce cas. 
- Pour les institutions européennes, c’est une occasion pour redorer leur blason. Mal-aimées des citoyens, elles qui prétendent défendre nos intérêts communs, pourraient être tentées à monter sur le créneau. On se souvient de l’activisme du Parlement européen au sujet des « restitutions extraordinaires » de la CIA (les vols de torture, pour faire simple) ou du réseau de surveillance Echelon. La Commission, quant à elle, se plaît à mettre en valeur dans ses communications des projets d’autonomie, comme Airbus (dont elle se targue d'être "le bouclier juridique") ou Galieo (le système européen de navigation par satellite). 

C’est dans cette optique (plutôt sceptique quant à la durée et à la traduction pratique de la prise de conscience provoquée par l’affaire) qu’il convient de regarder tout de même les pistes possibles. Celles énumérées par M. Leonard sont les suivantes : 

- La plus évidente et la plus immédiate serait la suspension de l’accord SWIFT (sur le transfert des données bancaires) que les Etats-Unis. Pour rappel : les documents Snowden montrent que les US n’ont même pas envisagé pour une seconde de respecter ne serait-ce qu’une seule de ses lettres.  

-L’exécutif de Bruxelles a toutes les compétences nécessaires pour prendre l’initiative d’une mesure qui fasse payer des amendes record à n’importe quelle société de l’informatique qui transmettrait des données sur les citoyens européens à une agence de renseignement étranger. 

- A l’instar de Galielo justement, la Commission pourrait prendre en charge financièrement une partie du développement de centres de données « cloud » européens, en contribuant ainsi à la sécurité de nos informations et, du même coup, à la dés-américanisation d’Internet.  

- Finalement, le climat actuel de méfiance n’est pas particulièrement favorable à un accord TTIP (libre-échange transatlantique) que les négociateurs avaient pourtant souhaité voir couvrir tous les domaines possibles et imaginables. A part le secteur des services liés à l’informatique, celui des marchés publics devrait, lui-aussi, devenir plus problématique. Comme le note Leonard : « Il y aura de la réticence à donner à des sociétés américaines l’accès aux gouvernements européens si cela risque de laisser la porte arrière ouverte aux agences de renseignement US ». 

L’énumération semble on ne peut plus logique, et est loin d’être exhaustive. Mais il ne s’agit que de possibilités. Or le fait que le Parlement européen (pourtant en première ligne dans l’affaire), n’a voté qu’à une très courte majorité la résolution (de surcroît non contraignante) sur la suspension (pourtant plus qu’évident) de l’accord SWIFT, n’est décidément pas bon signe(Mark Leonard, The NSA and the weakness of American power, 1 novembre 2013, European Council on Foreign Relations)

3. Paris juge "pas vraisemblables" les dénégations de la NSA. Où est donc passé « la plus vieille alliance »? La belle complicité franco-américaine sur le dossier syrien? Comme noté auparavant, « c'est ce qui se passe quand on se met au lit avec l'éléphant US ». 

D'après la dépêche de Reuters: « Le démenti de l'Agence nationale de sécurité des Etats-Unis (NSA) sur ses activités présumées d'espionnage en Europe n'est pas "vraisemblable" et les faits sont "plus qu'établis", a déclaré mercredi la porte-parole du gouvernement français. » 

A noter aussi, cette réponse du porte-parole du Quai d'Orsay à la question de savoir si « Les interceptions téléphoniques réalisées en France l'auraient été par les services secrets français puis partagées avec la NSA. Quelle est votre réaction ? »: « Notre préoccupation porte sur la nature et l'ampleur des écoutes américaines sur notre territoire. »

Autrement dit: oui, il y a des données que nous leur avons transférées, mais ils en ont pris beaucoup plus, et sur des cibles bien différentes de ce qui était dans notre accord. Et là, nous sommes dans le noir. C'est le même schéma SWIFT qui revient encore une fois.  (Paris juge "pas vraisemblables" les dénégations de la NSA, Reuters, 30 octobre 2013)

4. Surveillance : la DGSE a transmis des données à la NSA américaine. En clair, c'est la même méthode américaine, tout comme pour l'accord SWIFT (sur les données bancaires) entre les US et l'UE. Une partie des informations est obtenue dans le cadre d'accords négociés avec un interlocuteur, l'autre dans le dos de ce même interlocuteur, en catimini. Pour la France, c'est donc la pire des combinaisons. Elle collabore ET est en même temps une cible. Difficile d'être plus humilié en public. Qui plus est, par un "ami".

D'après l'article: « Une semaine après les manifestations d'indignation exprimées par les autorités politiques françaises de nouveaux éléments montrent que cette émotion pouvait être, en partie, feinte. » Par nouveaux éléments, entendons bien les propos explicites du directeur de la NSA.

« Ces informations viennent donc préciser celles déjà publiées par Le Monde concernant la collecte, en un mois, par la NSA, de 70,3 millions de données téléphoniques concernant la France. Qu'une partie de ces informations soient transmises avec l'assentiment de la DGSE ne change en rien son caractère attentatoire aux libertés. Ce nouvel éclairage pose avant tout la responsabilité des autorités politiques françaises. » 

« Un haut responsable du renseignement français, joint, mercredi matin, a admis, sous couvert d'anonymat, l'existence de « ces échanges de données ». Il a néanmoins démenti « catégoriquement » que la DGSE puisse transférer « 70,3 millions de données à la NSA ». (Surveillance : la DGSE a transmis des données à la NSA américaine, Le Monde, 30 octobre 2013)

Affaire Wikileaks
Assange: l'Equateur propose de saisir la Cour internationale de Justice. A quand une frappe de drone en bonne et due forme contre l’ambassade de l’Equateur à Londres ? N’oublions pas que Washington avait classé M. Assange parmi les « ennemis d’Etat ». Dans la même catégorie que les membres d’Al-Quaïda, à traiter en dehors de la loi. Faudra juste faire attention quand même à ne pas rayer de la carte le palais de Buckingham qui se trouve dans les parages…

Prévisions géopolitiques
L’Europe en 2040? Sous la plume d’Hubert Védrine. Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, la diminution arithmétique du poids économique/démographique/militaire de l’Europe par rapport au reste du monde, ne signifie pas nécessairement un affaiblissement ou une vassalisation. En principe. 

Sauf qu’il exécute d’un trait le scénario du décrochage intra-atlantique à l’inverse (n°4, avec les US qui déclinent et l’Europe qui se redresse), en y mettant : « très théorique ». Sans doute a-t-il raison. Toujours est-il que, sans émancipation, une Europe à la remorque des Etats-Unis n’aura pas beaucoup d’options.

Elle serait soit mise à l’écart  (si les US décident de prendre leur nouvel envol sans elle, n°1 ; ou si l’Amérique préfère traiter avec la Chine en tête à tête, n°5), soit condamnée à jouer les faire-valoir auprès de Washington (dans le cas d’un renouveau soi-disant atlantique, n°2 ; da la formation d’un G3 US-Europe-Chine pour contrebalancer les BRICS, n°6 ; ou d’un système multipolaire élargi « instable et mouvant », n°8). Collée comme elle est aux US, l’Europe ne sera jamais crédible.

La seule hypothèse digne pour l’Europe est le n°7 d'Hubert Védrine : « L’UE a réussi à préserver et accroître son poids dans le monde par une alliance stratégique avec la Russie; ou par un partenariat euro-méditerranéen enfin concrétisé avec la Turquie, et avec une rive sud finalement démocratique après des drames à répétition; et aussi avec l’Afrique ». A condition, toutefois, de rompre avec le mythe de la communauté « occidentale » et de suivre les intérêts européens proprement dits. (Hubert Védrine, L’Europe en 2040? In Europe’s world, octobre 2013)

OTAN
European Partnerships Vital to Global Security, Breedlove Says. Le général US, Philip Breedlove, à la tête des forces alliées de l’OTAN en Europe (SACEUR), mais aussi des forces américaines en Europe (EUCOM Commander) défend l’importance de l’OTAN pour les Etats-Unis. Et expose des raisons pour maintenir la structure des forces US, déjà réduite, sur le vieux continent. 

Pour ce qui est de l’Alliance, grâce aux 12 années de combats en Afghanistan, « notre capacité à travailler ensemble » est maintenant au plus haut point, dit-il dans une discussion avec des journalistes au Pentagone. Certes. Mais le sentiment de « y en a marre » aussi, tant dans les opinions publiques que parmi les militaires. 

Rappelons juste d’un côté la plaisanterie répandue dans les baraquements US sur ISAF qui signifierait « I saw Americans fight ». De l’autre, les griefs récurrents sur un commandement soi-disant OTAN mais qui laisse les alliés non-Américains sur le banc de touche.

Pour le général US en tout cas, les 42 000 soldats OTAN (et partenaires) entraînés par EUCOM pour aller en Afghanistan signifient « 42 000 soldats américains qui n’ont pas dû aller en Afghanistan ». Heureux de l’entendre apprécier notre glorieux rôle de supplétifs utiles pour l'Amérique. 

Surtout, son premier argument en faveur du maintien du niveau actuel des forces US en Europe est de préserver « l’accès ». C’est-à-dire « la confiance », « les relations », qui leur assurent des interlocuteurs bien disposés en tout lieu et temps. C’est grâce à ces relations, se félicite le général Breedlove, qu’il peut aller à un allié et lui demander d’être « accommodant » face à une demande US qui mettrait en jeu des questions de souveraineté (comme le mouvement impromptu de forces US sur leur sol par exemple). (European Partnerships Vital to Global Security, Breedlove Says, American Forces Press Service, 28 octobre 2013)

Russie
Poutine, homme le plus influent du monde selon Forbes. « Le président russe Vladimir Poutine arrive en tête du classement des personnes les plus influentes du monde établi par le magazine Forbes et publié mercredi, rétrogradant le président américain Barack Obama à la deuxième place. » A relire les propos de son ministre des Affaires étrangères dans "Le regard russe sur 'l'époque des changements'". Coïncidence? Sûrement pas. (Poutine, homme le plus influent du monde selon Forbes, RIA Novosti, 30 octobre 2013)

Le Premier ministre français abordera avec « franchise » les droits de l'homme à Moscou “Human rights is a very flexible concept... It depends on how hypocritical you want to be on a particular day." (Michael Scheuer, ancien responsable de la CIA, auteur de plusieurs livres dont Imperial Hubris)

Armement
1. Why does Germany need an independent defence industry? Plaidoyer pour une industrie d'armement indépendante...allemande. A noter les arguments tout à fait pertinents. Y compris la critique de la production sous licence. On aimerait tellement les retrouver dans l'attitude de Berlin, si possible sous la forme d'une ambition européenne... 
A. sécurité de l'approvisionnement (Equipment for armed forces can either be developed in Germany or must be purchased abroad. Only an independent defence industry is capable of guaranteeing delivery and provision reliability considered politically important).
B. savoir-faire technologique (Arms imports, even in conjunction with licence production, do not permit safeguarding and enhancing technological leadership). 
C. retour sur investissement pour le contribuable (Safeguarding an independent defence industry also should be in the taxpayers` interest, since a large portion of the procurement expenses returns to the federal authorities as taxes and fees, if the net product is generated in the home country). (Subject in Focus: Why does Germany need an independent defence industry?, Diehl Defence, 29 octobre 2013, www.diehl.com)

2. Le prix des avions US les éliminera-t-il des marchés de l’export ? En principe, ça devrait – d'après les analystes de Teal Group. Une situation d’autant plus fâcheuse pour les US qu’avec la baisse de leur budget militaire, les exportations devraient reprendre de plus belle. Histoire d’assurer un volume de commandes satisfaisant pour ses géants de l'armement peu préparés à traverser des années de vaches maigres. 

Mais vient alors l’obstacle du prix (augmenté de façon exponentielle, ajoutons-le, sous la double pression des industriels devenus de purs financiers et des militaires obsédés par le dogme du zéro mort ; les deux se conjuguant pour pousser vers l’ultra-sophistication des appareils). Ce qui devient vite une limite en elle-même.

Et pas que pour l’export d’ailleurs. Comme l’avait écrit en 1984 Norman Augustin, ancien PDG de Lockheed Martin : « En 2054, avec le budget entier de la défense on ne pourra se payer qu’un seul avion. Cet avion, on l’USAF et la Navy devront le partager 3-1/2 jours chacune par semaine, sauf les années bissextiles, quand il sera mis à la disposition des Marines pour la journée supplémentaire ».

Peu importe, tant que l’Amérique aura ses alliés-vassaux fidèles, prêts à sacrifier des pans entiers de leurs capacités pour pouvoir se payer ces merveilles (ou du moins annoncées comme telles) made in USA (on pense ici aux Pays-Bas, au Royaume-Uni avec une partie de leurs marines et de leurs armées de terre respectives sacrifiée sur l’autel du F-35 Joint Strike Fighter). Les vendeurs-propagandistes du Pentagone font du bon boulot en Europe. Il est vrai aussi qu’ils y trouvent une audience, certes de plus en plus fauchée, mais toujours aussi « captive ». (Sandra I. Erwin, U.S. Fighter Aircraft Pricing Themselves Out of the Export Market, National Defense, 28 octobre 2013)