Sunday, 29 September 2013

Le « pivot » mis en perspective

Un récent billet du Center for European Reform identifie pas moins de quatre différentes approches européennes par rapport à la réorientation des USA vers l’Asie, annoncée brusquement en janvier 2012, sans ménagement aucun envers les susceptibilités euro-atlantistes. La première propose de nous joindre au pivot de l’Amérique, en bons auxiliaires que nous sommes, puisque ce serait tellement bénéfique pour nos relations avec Washington. L’autre préconise d’entamer notre propre pivot vers l’Asie, pour des raisons commerciales avant tout, et s’il y a complémentarité entre les deux, ce serait un bonus.

Source: Atlantic Council
Une troisième ligne de pensée, celle exprimée par le ministre britannique de la défense, conseille de laisser les USA seul maître à bord en Asie. D’une part parce que nous n’aurions ni les moyens ni l'ambition de jouer à l’échelle globale (curieux aveu de renoncement, en particulier venant de la Grande-Bretagne), de l'autre parce que c’est en prenant en charge la stabilité de notre propre voisinage que nous pouvons être les plus utiles à l’Amérique. C’est dans ce contexte que l’on se plaît à citer les responsables US, lesquels ne se lassent pas de répéter à quel point ils sont maintenant devenus adeptes d’une véritable défense européenne.

La quatrième approche consiste à se lamenter sur notre sort d’alliés abandonnés. Certains en sont extrêmement inquiets, et font des pieds et des mains pour garder les prétendues garanties de sécurité US. Comme le remarque le billet : ces pays ne croient pas que des Etats européens puissent occuper de manière crédible le vide laissé par le retrait américain. Ajoutons que d’autres veulent tout de même espérer que l’intérêt affaibli de Washington pour notre continent (de pair avec lesdits encouragements à devenir soi-disant plus indépendants) servirait d’adjuvant à l’Europe de la défense.

Hélas, les appels incantatoires des Etats-Unis pour que leurs alliés prennent plus d’autonomie montrent vite leurs limites. Comme le font remarquer l’ancien patron de l’Agence européenne de défense et son co-auteur à propos de la nouvelle posture stratégique de l'Amérique : « Les États-Unis n'attendent certes pas des Européens qu'ils agissent en toute indépendance vis-à-vis de Washington. Ils voudront que l’action transatlantique demeure pleinement coordonnée et que subsiste une interopérabilité aussi étendue que possible entre les forces et les capacités de façon, en particulier, à permettre l'utilisation d'équipements américains. »

Avec les coupes budgétaires US, et l’intensification de la concurrence sur les marchés de l’export qui va avec, on n’est pas près de voir un « désengagement » américain dans ce domaine essentiel. Pour ce qui est d’acheter US, et de saborder nos propres projets susceptibles de faire de l’ombre aux champions américains, nous resterons toujours de très précieux partenaires.

Croire à un effet bénéfique du pivot pour l’Europe, c’est aussi sans compter avec un extraordinaire paradoxe. Comme noté auparavant, « l’annonce de la réorientation stratégique américaine vers l’Asie qui, de toute évidence, confirmait les thèses « euro-gaullistes » aurait donc normalement dû conduire à une remise en cause de l’option ultraatlantiste des partenaires de Paris. Force est de constater que ce n’est pas le cas jusqu’ici. Au contraire, plus l’Amérique semble s’éloigner, plus les Européens s’empressent de lui donner des gages, en espérant ainsi rester dans ses bonnes grâces. Au lieu d’une reprise en main de notre autonomie, on assiste donc plutôt à une crispation atlantiste. »

Finalement, pour expliquer cette déraison, il convient de se rappeler que l’essentiel, pour la plupart des gouvernements européens, est de se débarrasser du fardeau financier, mais aussi politique et psychologique, que signifient les responsabilités liées à la défense de son propre pays. C’est en cela que l’OTAN est irremplaçable, en raison du mythe du parapluie américain qu’elle est censée incarner. Tant pis si celui-ci n’a jamais été crédible au niveau stratégique (pour cela, il aurait fallu convaincre tous les adversaires potentiels que l’Amérique prendrait le risque  de son propre anéantissement juste pour courir à la rescousse de ses alliés). L’important, c’est de pouvoir faire baisser les budgets de la défense et occulter les questions militaires peu porteuses électoralement, en prétendant que l’Amérique sera toujours là, le cas échéant.

Comme noté précédemment, « tant que l’Europe fut au centre des préoccupations (du fait de la confrontation bipolaire) ou qu’il ne le fut plus mais cela ne se disait pas tout haut, on pouvait, à la limite, se bercer d’illusions sur l’importance de notre vieux continent sur la liste des priorités de la Maison Blanche. Tel n’est plus le cas. Le ‘pivot’ vers l’Asie y a porté le dernier coup de grâce. La subordination volontaire des Européens aux Etats-Unis apparaît comme elle est : au dire de l’ambassadeur de la Chine à Bruxelles, ‘une servilité pitoyable’. »

Petites perles de la semaine écoulée (29 septembre 2013) - compilation des entrées Google+

Le Royaume-Uni
Hard-up RAF flies second-hand spy planes in US coloursL'ultime plaisanterie: les anciens-nouveaux avions d'espionnage britanniques voleront sous les couleurs de l'US Air Force. Après l'affaire Snowden qui a mis en évidence à quel point les renseignements électroniques de Sa Majesté fonctionnent, dans la pratique, comme une filiale financée et dirigée par l'Amérique, il fallait le faire. A quand le remplacement de "Union Jack" par "Stars and Stripes", pour réaliser des économies d'échelle?

"The RAF’s three RC-135 Rivet Joint aircraft will sport a white top, black nose and grey underside — the same colour scheme as the 17 flown by the US air force (USAF). Flying in another air force’s colours is likely to prove another embarrassing symbol of the UK’s reliance on its US ally”. (The Sunday Times, 22 septembre 2013)

Joint Strike Fighter F-35
Turkey Could Face Huge Fighter BillPartout où il passe (ou plutôt: où il est envisagé de passer), le JSF phagocyte déjà les budgets normalement alloués à développer-produire-acquérir-maintenir des capacités réelles, effectivement contrôlées par le pays qui les achète.

"They said Turkey could face a US $50 billion bill in the next few decades if it decides to go ahead with now maturing plans to build an indigenous fighter jet and order scores of the US-led, multinational F-35 joint strike fighter in a parallel move.The [local] fighter program has not yet won the final green light from the government, but if it does, Turkish budget planners will have to sit down and find ways to finance both this ambition and the JSF program”. Evidemment, si Ankara tient à ce que ce soient des JSF/F-35, faire les deux en parallèle serait un peu comme la quadrature du cercle.
(Defense News, 22 septembre 2013)

5th-Generation Fighter, 1st-Generation Tires? "Lockheed Martin Corp. bills the F-35 as the pinnacle of more than five decades of fighter-jet development, with the latest in stealth technology, supersonic speed, extreme agility and the most powerful sensor package available. But someone apparently forgot to kick the tires."

"Air Force Lt. Gen. Christopher Bogdan, who oversees the Defense Department’s Joint Strike Fighter program, this week said some parts of the plane break down too frequently. When a reporter asked for examples, Bogdan cited a seemingly mundane component: the tires. Those tires today are coming off the airplane way, way, way too frequently,” Bogdan said Sept. 17 at the Air Force Association’s annual Air & Space Conference and Technology Exposition at National Harbor, Md."
 (Brendan McGarry,5th-Generation Fighter, 1st-Generation Tires?,defensetech.org, 19 septembre 2013)

Drones
US moves drone fleet from Camp Lemonnier to remote airstrip. Prolifération des drones US: bientôt ils n'auront même plus besoin de tirer des missiles pour faire des dommages collatéraux. "The concerns about drone safety present a strategic challenge for the Pentagon as it begins to shift more of the robot planes to new frontiers, where they must share congested airspace with commercial aircraft."

"Last year, the Pentagon was forced to suspend drone operations in Seychelles, an island nation in the Indian Ocean, after two Reaper drones crashed on the runway at the main international airport, which serves half a million passengers a year. The overseas accidents could have repercussions in the United States, where the military and the drone industry are pressing the federal government to open up the skies to remote-controlled aircraft."

Et pour clore, un dernier aspect: "In a separate interview, a diplomat from a Middle Eastern country cited rising concern that the civilian side of the Djibouti airport might be targeted by militants looking to retaliate against U.S. drone operations. Regional tensions have risen as the U.S. military’s Joint Special Operations Command has carried out dozens of strikes against al-Qaeda-affiliated groups in Yemen."

“Once you have military installations in civilian facilities, that civilian facility and the public become endangered,” the diplomat said, speaking on the condition of anonymity to discuss U.S. drone strategy in the region.” (Craig Whitlock - Greg Miller, US moves drone fleet from Camp Lemonnier to remote airstrip, Stars and Stripes, 25 septembre 2013)

Relations transatlantiques
Geopolitical Journey: The U.S.-European Relationship, Then and Now.  Un institut/société et un auteur qui ont leur propre agenda bien connu (voir "Stratforgate: WikiLeaks releases ‘shadow CIA’ mail"), mais les observations n'en sont que plus instructives. "It is Europe, taken as a whole, that is the competitor for the United States. Its economy is still slightly larger than the United States', and its military is weak, though unlike Russia this is partly by design."

"I've talked about the fragmentation of Europe. Nothing is more striking than the foreign policy split between France and Germany not only on Syria but on Mali and Libya as well. One of the central drivers behind the creation of the European Union and its post-war precursors was the need bind France and Germany economically. French and German divergence was the root of European wars. It had to be avoided at all costs.Yet that divergence has returned."

"Whenever I visit Europe -- and I was born in Europe -- I am struck by how profoundly different the two places are. I am also struck at how the United States is disliked and held in contempt by Europeans. I am also struck at how little Americans notice or care.”

"There is talk of the transatlantic relationship. It is not gone, nor even frayed. Europeans come to the United States and Americans go to Europe and both take pleasure in the other. But the connection is thin. Where once we made wars together, we now take vacations. It is hard to build a Syria policy on that framework, let alone a North Atlantic strategy." (George Friedman: Geopolitical Journey: The U.S.-European Relationship, Then and Now | Stratfor, 24 septembre 2013).

Petit historique des projets d' « Union atlantique »"Indeed, the congressional record is peppered with resolutions and hearings from the late 1940s to the 1970s pushing for Atlantic Union. For example, in 1971, the Foreign Affairs Committee in the House of Representatives convened a hearing to discuss the prospect of combining the United States of America and Western Europe into one country. This “Atlantic Union” would be a federal union, very similar to the the one described in United States Constitution. Existing countries would become states under a federalist system, with the larger federal system having its own currency, military, interstate commerce regulation and foreign relations apparatus."

"Streit never achieved his goal of having a formal “Atlantic Union.”  But with an international “intelligence community,” globalized supply chains, increasingly global free trade agreements that subordinate national court systems, and globalized private and central banks, all couched under the rubric of promoting “freedom,” he has as much claim to being the true animating force behind what we’re facing today as anyone else." (Matt Stoller, Elites' strange plot to take over the world, Salon, 20 septembre 2013).

Industries d’armement
European defense industry’s decreasing competitiveness. "Less State commitment would result into freedom for major industries to decide on their own according to the market, rather than to political considerations" Pour l'auteur, c'est une bonne chose. Pour les nations, c'en est moins.

"Programs such as the F-35 and the new NATO missile shield, based on the SM-2/SM-3 missile system, seem to drain further European resources towards investments which favor the U.S. industrial base rather than the European one, which is already threatened by the outcomes of the economic depression".C'est justement leur raison d'être principale, à ces programmes. La crise économique ne fait qu'accélérer le plan. (Marco Giulio Barone, European defense industry’s decreasing competitiveness, International Security Observer, 6 septembre 2013).

Forces spéciales
Nouveau rapport: U.S. Special Operations Forces (SOF). Les forces spéciales, l’instrument de prédilection de l’administration Obama (opérant hors les cadres établis, sinon dans le secret le plus total, elles froissent moins les susceptibilités, permettent d’affirmer une chose et faire son contraire, se moquer des règles aussi aisément que des frontières), veulent s’autonomiser encore davantage.

Triplées en budgets /effectifs/ déploiements depuis le 11 septembre 2001, l’USSOCOM (commandement des opérations spéciales) est devenu, selon son ex-patron, un « microcosme » (comprenons : un univers complet en soi) du Département de la défense des USA. Aujourd’hui, l’USSOCOM souhaite voir ses responsabilités élargies au déploiement et à l’emploi effectif des forces spéciales, avec le feu vert des seuls commandants régionaux. Sans attendre donc celui du centre à Washington. Meilleure recette pour accroître toujours davantage l’irresponsabilité et le chaos.

Une des raisons invoquées : l’USSOCOM pourrait ainsi faciliter ses relations avec des armées étrangères. En réalité, il s’agit de la construction, déjà en marche, d’un réseau global de forces spéciales, avec l’USSOCOM au gouvernail et l’Etat-major des opérations spéciales de l’OTAN (NSHQ)comme laboratoire. Pour le secrétaire général Rasmussen, il s’agit de la clé de l’avenir : les forces spéciales sont, avec la cyberdéfense et le système antimissile, l’une des composantes de la nouvelle triade stratégique. Inutile de préciser que le personnel du NSHQ de l’Alliance est majoritairement américain, et que son patron est directement nommé par le président des Etats-Unis.
(Andrew Feickert, U.S. Special Operations Forces (SOF): Background and Issues for Congress, Congressional Research Service, 18 septembre 2013)


Supériorité américaine
Démystification de la supériorité aérienne US. Avec de précieux retours en arrière pour voir de plus près la performance de l'USAF lors des conflits du dernier siècle. Culmine par l'examen du F-22 Raptor, illustration jusqu'à l'absurde des graves dysfonctionnement du système. En cela, digne précurseur du F-35 Joint Strike Fighter.

"The service’s most expensive fighter aircraft, the F-22 Raptor, has never flown a single combat mission.  According to the Government Accountability Office, the total price tag for the Raptor comes in at more than $80 billion (a lot of money until you consider that the Pentagon’s more recent aircraft procurement program, the F-35 Lightning II, is expected to cost $392 billion to acquire, according to current estimates)."

"At almost $420 million a plane, American taxpayers might expect that F-22 pilots have a tremendous advantage over our allies or potential adversaries whose fighter jets cost a fraction of the F-22’s price tag."  
"While Air Force officials maintain that the F-22 fights well in training exercises, a report published last year in Combat Aircraft Monthly showed that the Raptor did not out-perform cheaper, non-stealthy European fighter aircraft during combat training exercises."

Et un (autre) petit cocorico pour la fin: en évoquant un exercice entre alliés en 1966, l'auteur observe que "Things did not go well for the Americans during this exercise with France, the country that enabled the US to win the Revolutionary War and to survive the War of 1812. Actually, not well is quite an understatement. The French pilots simply outflew the Americans time and time again. In fact, right from the start, clever and skilled French pilots brutally disproved the American theory that the French cannot fight."

"The French aircraft were all older models, some dating back to the Korean War era, whilst the Americans flew the much newer and more powerful F-4 Phantom. The rules of engagement specified that visual identification was required before attacking hostile aircraft, which obviously limited the use of the Phantom's radar-guided AIM-7 Sparrow missiles. The rationale for this rule was to prevent fratricide. In other words, pilots had to make visual contact before engaging a target to minimize the possibility of a “blue-on-blue” incident. This was an eminently reasonable precaution, but keep in mind that the dogma in the USN and the USAF at the time was that beyond visual range missiles had made dogfighting obsolete. The French felt otherwise, and as we'll see later, for good reason."

"As F-4 pilot Lieutenant Junior Grade John Monroe “Hawk” Smith put it 'The French decimated our jets then bolted out of the area before we could launch." The French were able to do this because, thinking tactically, they had been monitoring the movements of the American forces and found it all too easy to  predict when they should strike.“As the exercise progressed,” wrote Auten, “... and the number of engagements increased, it became clear that America's aircrews were usually outmaneuvered and outclassed by the French.”The French, unlike the Americans, still knew how to dogfight. "
Pour rappel: une récente entrée sur l'USAF "à l'abri des attaques et libre d'attaquer"
La France
Quelle France dans 10 ans ? Débat avec des think tanks. Par moments, le débat fait penser à ce poème de Bertolt Brecht: «J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a "trahi la confiance du régime" et "devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités". Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? » (Bertolt Brecht, La Solution)

Dominique Reynié (directeur général de la Fondation pour l'innovation politique), voudrait revenir sur l'élection du président de la République au suffrage universel. En période de crise, il lui paraît trop risqué de donner le vote direct aux citoyens... Si la génération actuelle des politiques n'est pas à la hauteur, c'est sûrement la faute à la Ve République. Vite, il faut donc passer à la sixième (ça éviterait de se regarder dans le miroir et de s'attaquer aux vrais problèmes). Quitte à «dissoudre le peuple», comme dirait Bertolt Brecht.

Saturday, 28 September 2013

Le tropisme transatlantique du président d’EADS

En parlant des perspectives de « l’aéronautique transatlantique », Tom Enders joue cartes sur table maintenant. Dès le départ, son intention d'évincer les Etats européens d'EADS et son désir de le transformer en une compagnie de facto américaine formaient un tout inséparable. C'est logique, ce sont les deux faces de la même médaille. Comme noté auparavant, « moins il y a d’interférence étatique (européenne) dans une entreprise, plus il lui sera facile d’accepter celle, extrêmement étendue, rigoureuse et exclusive, des pouvoirs washingtoniens ; c’est le prix à payer d’avance pour être présent sur le marché de défense américain. »

Le rêve d'Enders est donc la transatlantisation croissante du secteur, il n'y a là rien d'original. A relire l'excellent papier de Jean-Paul Hébert et Yves Bélanger « Vers une transatlantisation des industries de défense? » de 2003, où les auteurs notent déjà que « En fait, un nombre croissant d’analystes se demande si la base industrielle de défense ne serait pas engagée dans un processus de mondialisation / transatlantisation aussi inévitable qu’irréversible. » D’autant plus que « La sensibilité des dirigeants des firmes européennes d'armement aux impératifs stratégiques est aujourd'hui bien différente de ce qu'elle était auparavant, conséquence de la privatisation généralisée et de la priorité donnée maintenant à la valeur pour l'actionnaire avant toute autre considération. »


Ajoutons que, après les restructurations gigantesques de sa base industrielle de défense, l’Amérique voit d’un très mauvais œil que l’Europe, qui devrait normalement être « la prochaine étape », nourrisse quelques (bien maigres) velléités d’indépendance. Et c’est à ce moment que les industriels (disons plutôt financiers-gestionnaires, du type Enders) entrent en jeu. Pour Hébert et Bélanger : « Les firmes américaines, qui occupaient, jusqu’à récemment, au moins la moitié du marché européen, ne souhaitent aucunement voir se fermer ce marché. Parallèlement, les firmes européennes caressent ouvertement l’idée de s’implanter sur le lucratif marché intérieur américain ». Quelle coïncidence heureuse.

En avant, donc, pour les fusions, rachats d’entreprises et autres rapprochements transatlantiques. Dans la mesure du possible, c’est-à-dire à sens unique pour ce qui est du contrôle effectif. Pour illustration, les membres non-Américains de la direction d’un groupe avec filiale aux USA, Tom Enders y compris, doivent se contenter de recevoir les résultats financiers. Les technologies, les produits, les programmes leur restent invisibles, comme l’avait très bien décrit l’ancien patron de BAE. Pas de surprise donc si Enders met beaucoup d’espoir dans les négociations de libre-échange transatlantique, qu’il souhaite voir aboutir à des règles d’investissements dans les entreprises US qui seraient « moins restrictives ».

On le comprend, même si on ne peut pas s’y souscrire. En réalité, à défaut d’une préférence européenne pour nos achats militaires et d’un retour marqué de l’Etat dans nos entreprises stratégiques, les restrictions US constituent notre dernier garde-fou. Car si nos firmes pouvaient accéder au marché américain plus facilement, toutes s’y précipiteraient immédiatement, et deviendraient de facto américaines en peu de temps.

A part cela, le raisonnement d’Enders comporte deux erreurs de taille. Premièrement, lorsqu’il reprend à son compte le mantra qui fustige la fragmentation en Europe et présente les consolidations comme la solution aussi désirable qu’inévitable. Or, sur ce point, son contradicteur n’est personne d’autre que le directeur général de Dassault Aviation. Dans un papier publié en janvier, celui-ci démonte le mythe de la taille critique, en citant de nombreux exemples observés en Amérique. Surtout, il y substitue le pragmatisme de la coopération qui a, entre autres, l’avantage de ne pas « figer définitivement la situation ». Un avantage à ne pas négliger alors que l’échiquier mondial est en pleine mutation.

Deuxièmement, Enders a raison de « se montrer beaucoup plus sceptique » quant aux perspectives d'un marché commun transatlantique dans le secteur de la défense, du fait que « les USA et l’Europe ne partagent pas les mêmes intérêts géostratégiques ». Mais si c’est vrai (et ça l’est), il y aurait beaucoup d’autres conséquences à en tirer pour le patron d’EADS. Et toutes dans le sens inverse de ce qu’il s’acharne à faire. Vu que l’aéronautique dans son ensemble, avec l’espace bien entendu, sont des secteurs tout aussi essentiels pour la souveraineté que la défense proprement dit, comment justifier vouloir les incorporer dans un système transatlantique (dominé et contrôlé par l’Amérique) alors que, de son propre aveu, nous ne partageons pas les mêmes intérêts géostratégiques. Enigme.

Thursday, 26 September 2013

Forces navales des pays de l’OTAN: les pièges de la dépendance

Une récente analyse sur les capacités maritimes des pays de l’OTAN met le doigt sur le fait qu’au moment même où l’Amérique se réoriente vers l’Asie, la dépendance des Européens par rapport aux Etats-Unis en matière de forces navales ne cesse de grandir. C'est vrai. Mais deux petites remarques s’imposent à ce sujet. Si les flottes européennes se réduisent comme une peau de chagrin, c’est aussi parce que les budgets (déjà en baisse) sont phagocytés par notre participation/soumission au système militaro-industriel américain. Soit par choix (contributions aux programmes JSF et bouclier antimissile, achats sur étagère), soit ensuite par obligation (une fois acheté, l’entretien et la modernisation du matériel US se fait au moment et au coût dicté par le Pentagone, selon la logique des « block upgrades »), les décideurs européens se retrouvent contraints de sacrifier leurs autres capacités.

(Source: OTAN)
Par ailleurs, ce n’est pas à cause du « pivot » que la dépendance sur les forces navales US (ou d’un quelconque tiers) est pour le moins problématique. Déjà, il y a presque 20 ans, les Américains n’ont pas hésité à retirer sans préavis, unilatéralement, leurs bâtiments d’une opération en cours de l’OTAN (qui se déroulait conjointement avec l’UEO, l’Union de l’Europe occidentale). C’était l’opération Sharp Guard, destiné à faire respecter au large de l’ex-Yougoslavie l’embargo onusien sur les armes. Suite à un amendement déposé par deux sénateurs US, les navires américains en ont été retirés du jour au lendemain.

Une preuve de plus, s’il en fallait, que pour Washington les engagements transatlantiques seront toujours à la merci des aléas de la politique intérieure US – ce qui est par ailleurs son droit le plus élémentaire, à savoir de définir et de suivre ses prores priorités et ses propres intérêts. Notre devoir serait de procéder en sorte que nous puissions faire de même. C’est aussi le seul moyen de ne pas nous retrouver au dépourvu si jamais il y a d’autres amendements.

Nous sommes tous des Occidentaux : grand-messe transatlantique en Lettonie

Chaque année, la conférence de Riga est l’occasion de réunir la fine fleur de l’élite euro-atlantiste, dans une ambiance décidément pro-américaine et passablement anti-russe, comme il se doit dans un pays de la Baltique. L’intérêt, pour les participants (et autres fidèles), est de pouvoir admirer les multiples déclinaisons virtuoses du même raisonnement, dans la perspective de « créer un environnement favorable au maintien et l’accroissement de la prospérité transatlantique à travers les valeurs que l’on partage », car c’est « la bonne voie vers le renforcement des capacités de défense ». L’intérêt, pour nous, est de prendre le pouls des réflexions semi-officielles, détecter les prochaines priorités OTAN/UE, et répertorier les éléments de langage que l’on ne va pas tarder à retrouver à longueur de discours et de communiqués. 

L’an dernier, les interventions s’articulaient autour du traumatisme provoqué par l’annonce du « pivot » américain vers l’Asie. Cette année, ministres, experts et compagnie se sont livrés à un véritable panégyrique de l’occidentalisme. Le message est clair : nous sommes d’abord et surtout membres de la famille occidentale, menacés de toutes parts, condamnés au déclin, à moins de rassembler nos forces sous la direction bienveillante de l’Amérique, chef de famille naturel. Nous, les Européens, nous n’avons plus qu’une chose à faire : nous rendre utiles pour elle.

Le ton a été donné par le ministre britannique de la défense qui tenait à préciser, pour ceux qui l’aurait ignoré, qu’aux yeux du Royaume-Uni la sécurité en Europe est l’affaire de l’OTAN, l’UE devrait, quant à elle, s’occuper du seul marché unique. « Que l’UE doublonne, voire affaiblisse le fonctionnement et les structures remarquablement réussis de l’OTAN, cela n’a pas de sens ».  Pour ce qui est de cette remarquable réussite, le ministre n’a pas de mots assez élogieux pour énumérer le bilan récent, paraît-il superbe, de l’Alliance. Curieux de constater que la leçon qu’en ont pourtant tirée les stratèges de l’OTAN, notamment à la suite d’Afghanistan, c’est un « plus jamais ça » retentissant.

Peu importe. Pour le ministre Hammond, il faut avant tout une démarcation nette entre ce qui relève de l’UE (civil) et ce qui est le domaine d’excellence de l’OTAN (militaire). Grâce notamment à une interprétation particulière de la très encensée approche globale de l’Union européenne. Celle qui consiste à pousser à une civilianisation de plus en plus ouvertement assumée de la PSDC (politique de sécurité et de défense de l’UE), au risque de la démilitariser. Et ce au profit de l’OTAN, enceinte soi-disant naturelle (et qui redeviendrait ainsi unique) pour s’occuper de la défense sur notre continent.

En effet, les manœuvres diverses pour utiliser l’approche globale en vue d’entériner, dans les faits, une division des tâches, ne sont qu’un élément parmi d’autres dans la réorientation en marche. Conçue à l’origine pour nous libérer du carcan de l’OTAN et établir l’UE comme le nouveau cadre pour nos efforts de défense, la PSDC semble rebrousser chemin ces derniers temps. Qu’il s’agisse du non-usage des outils créés (tel les groupements tactiques) pour les missions au rabais que le consensus entre Etats membres permet d’envisager ; ou des occasions manquées lors des conflits qui paraissaient pourtant taillés sur mesure au vu de l’ambition affichée (comme au Liban, puis en Libye) ; ou encore des règles de financement qui pénalisent ceux qui seraient prêts à s’y lancer ; ou de la lacune criante d’un centre de planification et de conduite permanent (le fameux Quartier général européen qui se fait attendre depuis bientôt 15 ans) ; ou de la planification des capacités de plus en plus alignée sur la DPQ (Defense Planning Questionnaire) de l’Alliance atlantique, relais fidèle des concepts et des doctrines d’emploi des Etats-Unis ; ou encore de l’effacement progressif des distinctions institutionnelles (même la France a fini par adopter une « double casquette » pour son dorénavant unique représentant aux comités militaires respectifs de l’UE et de l’Alliance, sans parler de la présence devenue rituelle du Secrétaire général de l’OTAN aux réunions des ministres UE de la défense); la tendance est partout la même. Celle de la ré-atlantisation de la défense européenne.

Elle se traduirait, in fine, par la fusion, de plus en plus souvent préconisée, entre la PSDC et l’OTAN (à supposer que l’on puisse parler de fusion entre, d’un côté, les 350 militaires de l’Etat-major de l’UE et, de l’autre, les 21 000 permanents en poste dans les structures intégrées de l’Alliance). Sur le plan théorique, c’est l’occidentalisme qui lui servirait de fondement. Un courant de pensée qui monte en puissance et qui, en banalisant les différences entre l’Europe et l’Amérique, pousse dans le sens de leur rapprochement jusqu’à former un unipôle transatlantique, sous la domination du meneur du jeu, c’est-à-dire les Etats-Unis.

Cette vision devient de plus en plus répandue, même parmi ceux qui étaient jadis sceptiques, pour ne pas dire hostiles. Dans un récent entretien Hubert Védrine qui, dans son rapport de 2007 pour le président Sarkozy, avait mis en garde contre la tentation atlantiste/occidentaliste, parle lui-même de nous les « Occidentaux » à pas moins de six reprises. L’Américain Charles Kupchan, qui voyait s’ouvrir en 2006 « une nouvelle ère dans les relations transatlantiques », à partir du constat que « les intérêts américains et européens ont divergé, la coopération institutionnalisée ne peut plus être tenue pour acquise, et l’identité occidentale s’est affaiblie », donne aujourd’hui « L’Occident et la montée du reste » comme titre à son dernier livre.

A Riga, on se réjouit bien sûr de ce changement de perspective, et on ne manque pas d’en tirer les conséquences. Déjà l’an dernier, le ministre letton de la défense voyait dans les relations UE-OTAN un « désagrément », qu’il conviendrait de résoudre par le haut, c’est-à-dire en les fusionnant. Cette année, la séance consacrée aux questions de la sécurité européenne se proposait de répondre à la question de savoir si l’OTAN peut devenir un remède au fractionnement imminent de l’Europe. Et Craig Kennedy, président de German Marshall Fund of the United States, ne s’est pas privé du plaisir de noter, en guise d’introduction, que l’interrogation portait en sens inverse il y a sept ans. Apparemment, l’Europe n’a plus la cote, l’avenir est à l’Alliance.

Outre cette séance plénière consacrée à l’OTAN comme potentiel sauveur de l’Union européenne, quelques conversations « à la pause-café » offrent également de petits bijoux révélateurs de cette même grille d’analyse. Comme celle consacrée au TTIP (accord de libre-échange transatlantique), avec la « senior » représentante commerciale de l’US à Bruxelles comme invitée illustre. Cette dernière pousse un gros soupir d’exaspération face à la question sur la finalité économique et/ou géopolitique des négociations en cours. Toujours est-il qu’après avoir affirmé qu’il s’agit, avant tout autre chose, d’une nouvelle étape dans nos relations économiques, elle admet que « à Bruxelles, beaucoup y voit aussi une réaffirmation, une solidification des relations US-UE », et que son succès enverrait le signal d’un engagement politique supplémentaire.

Surtout, s’agissant d’un accord commercial supposé donner une impulsion nouvelle à la croissance (0.4% au PIB de l'UE dit-on, contre 1% du côté US), l’aveu selon lequel « nous ne nous focalisons pas sur des chiffres concrets » fait étrange effet. Son interlocuteur espagnol est d’ailleurs plus direct, il parle carrément de « réarranger l’Occident pour le 21ème siècle ». En même temps que d’y voir le recours au « fédérateur externe » pour compléter le marché unique (en tant qu’étape intermédiaire vers le marché unique transatlantique). Tout le programme y est.

La séquence portant sur l’avenir de la politique étrangère européenne vaut son pesant d'or rien que pour sa dernière minute. On y parle des relations transatlantiques, et Jan Techau (auteur par ailleurs d’un inoubliable article il y a deux ans, prônant de « laisser tomber la défense européenne » pour la remplacer par l’OTAN) n’y va pas de main morte. Il fait l’éloge des 90% de merveilles transatlantiques qui ne font jamais la une des journaux, dans l’espoir de minimiser ainsi le 10% restant qui sont, on l’aura deviné, « le truc géopolitique ». Dans ce domaine, il place d’emblée l’Europe en position d’infériorité, en posant la question, essentielle d’après lui, de savoir si les Européens seraient capables de grandir suffisamment pour devenir un jour des partenaires des Etats-Unis.

Cerise sur le gâteau, la réponse dépend, selon Techau (et tant d’autres) sur notre capacité à admettre que « les Américains et nous, nous sommes là tous ensemble. Nous devons nous rassembler, parce que nous sommes l’Occident ». Autrement dit, plus les Européens se conçoivent comme incorporés à l’Amérique, plus ils seraient « à la hauteur » comme partenaires de celle-ci.  Plutôt farfelu comme logique. Mais parfaitement en phase avec les pistes de réflexions et d’action visant à l’otanisation de la défense européenne, à la transatlantisation de nos industries d'armement, et au biais de plus en plus occidentaliste de notre vision stratégique.

Monday, 23 September 2013

Petites perles de la semaine écoulée (22 septembre 2013) - compilation des entrées Google+

Relations transatlantiques
Dîner Atlantik-Brücke à Francfort. Trois points à souligner dans un discours récent du nouvel ambassadeur US en Allemagne. Un sur le TTIP, un sur le lobbying, un sur l'affaire des écoutes de la NSA.
1.  Le TTIP (accord de libre-échange transatlantique) a en effet vocation de devenir « la fondation d’un nouveau cadre stratégique, politique et économique pour le 21ème siècle ». « Tout comme l’OTAN nouvelle transcende les seules questions de sécurité, le TTIP est plus qu’un simple accord sur le commerce et l’investissement. Lui aussi, il va devenir la clef-de-voûte des relations transatlantiques ». Pourvu qu’il n’y ait pas de « duplications inutiles »…
2.  Appel à la mobilisation des milieux universitaires et du monde des affaires « pour éduquer ceux qui sont dans les organes législatifs lesquels finiront par voter sur la législation commerciale ». Que chacun prenne ses responsabilités (pour appliquer les consignes US et mettre la pression sur ses députés).
3.  Peu rassurant, l’ambassadeur prédit de nouvelles fuites à répétition, du genre affaire Snowden/NSA (« il y a tout lieu de croire que ce type de fuites pourrait bien continuer à l’avenir »). L’important est de ne pas se laisser impressionner. « Chaque fois que cela se produit, nous avons un choix: nous pouvons soit nous arrêter dans notre élan, nous tordre les mains collectivement, et mettre un frein à tout le travail crucial que nous menons ensemble,ou nous pouvons continuer à avancer systématiquement sur tous les fronts. Je recommande vivement cette dernière option ». Avançons, parbleu, avançons. L’espionnage US massif en Europe n’est qu’une banale distraction.

NATO: Ready, Robust, Rebalanced. Edifiant, le dernier discours prononcé par Anders Fogh Rasmussen, Secrétaire général de l’OTAN. La première partie est la démonstration éclatante que l’Alliance vit dans un univers parallèle, la seconde fait l’étalage des trouvailles rhétoriques nouvelles pour calmer les inquiétudes européennes. Il faut dire aussi qu’à la fondation Carnegie Europe M. Rasmussen jouait, pour ainsi dire, « à la maison ». Pour preuve un papier au titre évocateur « oublions la PSDC et passons au plan B » (consistant à nous en remettre à l’OTAN, bien sûr) de la plume du directeur de cette fameuse institution.

Joint Strike Fighter F-35
Will the F-35, the U.S. Military’s Flaw-Filled, Years-Overdue Joint Strike Fighter, Ever Actually Fly?. Juste pour le plaisir. Une multitude de petits détails croustillants sur notre Joint Strike Fighter (F-35) préféré. Sous le titre “Will it fly ?”, c’est maintenant Vanity Fair qui s’y est attelé. Pour commencer : "the F-35’s current limitations: the squadrons at Eglin are prohibited from flying at night, prohibited from flying at supersonic speed, prohibited from flying in bad weather (including within 25 miles of lightning), prohibited from dropping live ordnance, and prohibited from firing their guns." Et ça continue dans la même veine, à n'en pas finir... Trop beau pour être coupé/cité en morceaux, cet article est à lire en entier.

F-35 Wins Netherlands Fighter Replacement Competition. Et dire qu'il n'y aurait pas assez d'argent pour l'Europe de la défense... Si on le dépense pour des programmes US censés détruire nos industries d'armement, on comprend. "The Dutch have budgeted €4.5 billion (US $6 billion) for the F-35. Because operating costs for the F-35 are still undecided, the country is putting in a contingency reserve of “10 percent for the investments and the operating costs.”"

Pour mémoire: un épisode accessoire, mais non moins révélateur de l'ambiance des tribulations néerlandaises autour du Joint Strike Fighter (F-35). C'était il y a onze ans... "The fiercely anti-immigration Pim Fortuyn List, which came joint second in last month's general election after its charismatic leader was shot dead, elected Mat Herben, 49, to succeed him. "We were flabbergasted," a member of the List's board, Broos Schnetz, said yesterday. "He is an old ministry of defence official and perhaps his job was to infiltrate the operation to get the party to vote for the fighter, something which we were always against". Media sources said it was bizarre that Mr Herben, a proponent of Dutch involvement in the fighter project, should join a party whose leader and members disagreed with him." (Andrew Osborn, Fortuyn's successor 'is security plant', The Guardian, 28 juin 2002)

F-35’s Ambitious, New Fleet Management System. Une manière de plus pour enfermer les futurs acheteurs (européens pour la plupart) du Joint Strike Fighter F-35 sous contrôle américain. "Ce n'est pas seulement un avion optimisé pour opérer en coalition, il est difficile de voir comment il pourrait opérer du tout sans un soutien US direct et constant". Quelques jours après avoir écrit cette phrase, en 2009, Bill Sweetman tenait à donner des explications éclairantes pour apprécier pleinement le système ALIS dont il est question aujourd’hui: "First of all, all JSFs are intended to operate within an automated support and logistics system. It's as if your Mercedes had a chip inside it which detected any fault and used wi-fi or a cell-phone to call a computer, which directed a warehouse in Stuttgart to ship a part to your dealer. But jets need fixing all the time, so without access to that system you would quickly be grounded." Il suffit juste de remplacer Stuttgart par Fort Worth, Texas, Etats-Unis. (Bill Sweetman, Mustard up my nose, 16 janvier 2009, Ares blog, www.aviationweek.com)

Précisions sur ALIS dans l'article d'aujourd'hui (A noter comment l'approche innovative du "design" de l'avion est mise en parallèle avec le caractère innovatif du programme de gestion. Sachant ce qu'il en est de la première, cette comparaison est tout sauf prometteuse pour la seconde) : "Just as the F-35 program broke ground to standardize an aircraft design for three U.S. services and eight international partners, the Autonomic Information Logistics System (ALIS) also reflects a new way of managing a fleet. And, in the case of the F-35, it is a multinational fleet that will share global resources." "The idea behind ALIS is a single, central fleet-management tool that will allow for truly predictive maintenance. Health data for the worldwide fleet will be collated at a hub in Fort Worth and provide analysts with insight of parts longevity or timing for inspections, for example."

Labour Members Rebel On JSF, Audit Office Says Figures Don't Add Up (Pays-Bas). Malgré la décision qui se veut définitive, le JSF F-35 ne fait toujours pas l'unanimité aux Pays-Bas. C'est pourtant si beau sur le papier. Et le moment de l'annonce si opportun pour le Pentagone dont tous les programmes majeurs, et en particulier le plus calamiteux d'entre eux, sont dans la ligne de mire lors des négociations budgétaires US.

Countries Bale Out of Fighter Deal. Comme quoi les contraintes budgétaires pourraient fournir l'occasion d'en finir avec les fausses raisons soi-disant économiques derrière l'achat de matériel US. La crise comme une opportunité - la rengaine pourrait marcher aussi dans le sens inverse de ce que proposent les responsables "européens" du genre de MM. Rasmussen/Barroso etc..

Service national obligatoire
Swiss to vote on military draft, a national bedrock. Espérons que les Suisses tiendront bon, et préserveront le précieux lien entre le Peuple et son Armée. A la fois manifestation symbolique et outil pratique de l'esprit de défense, la conscription apparaît également comme un rempart potentiel contre de nombreuses dérives (que ce soit la multiplication des "guerres de choix", les externalisations à outrance ou la surtechnologisation contre-productive).

Elections allemandes
Angela Merkel toujours en tête des sondages mais l'écart avec l'opposition se resserre à une semaine des élections allemandes. Tour d'horizon électoral à J-7 des législatives en Allemagne, par la Fondation Robert Schuman. Pour l'aspect Snowden/NSA: « Le candidat de l'opposition a également tenté de mettre la chancelière en défaut sur les révélations faites par Edward Snowden, ancien consultant de l'Agence nationale de sécurité (NSA) des Etats-Unis, à propos du programme de surveillance électronique PRISM par lequel les Etats-Unis espionnaient les chancelleries européennes. 500 millions de données allemandes auraient été récupérées chaque mois par l'Agence américaine. "En tant que chancelière, Angela Merkel a fait le serment de protéger le peuple allemand mais il a été porté atteinte de façon massive aux droits fondamentaux des citoyens allemands" a déclaré Peer Steinbrück au quotidien Bild. Le SPD a obtenu la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le sujet. Mais un proche de la chancelière, chargé des services secrets, a publié un document montrant que Frank-Walter Steinmeier (SPD), ancien ministre des Affaires étrangères (2005-2009), ancien vice-chancelier (2007-2009) et actuel président du groupe SPD au Bundestag, avait, alors qu'il était directeur de la chancellerie en 2002, signé un accord avec les Etats-Unis et que le SPD était donc depuis longtemps au courant des agissements de la NSA. » (Corinne Deloy, Angela Merkel toujours en tête des sondages mais l'écart avec l'opposition se resserre à une semaine des élections allemandes)

The German election: What Europe expects - and what Germany will not do. Analyse sur la politique européenne de l'Allemagne, par le European Council on Foreign Relations. "Germany may be central to European politics but it sees itself as a role model rather than as a power with an obligation to lead." "Germans think that, rather than chasing the pipedream of a global European diplomatic or military power, they are showing by example an alternative vision of Europe’s role in the twenty-first century." (Ulrike Guérot,The German election: What Europe expects - and what Germany will not do)

Politique de défense américaine
Rare Earth Elements in National Defense. Un récent rapport du Service de recherches du Congrès US se penche sur la question des terres rares dans la défense nationale pour évaluer les risques de dépendance par rapport à la Chine: "the potential for a nearly total U.S. dependence on foreign sources for rare earth elements and the implications of this dependence for national security"

"The United States is a major consumer of products containing rare earth elements. These elements are incorporated into many sophisticated technologies with both commercial and defense applications. From the 1960s to the 1980s, the United States was the leader in global production of rare earths. Since that time, processing and manufacturing of the world’s supply of rare earths and downstream value-added forms such as metals, alloys, and magnets have shifted almost entirely to China, in part due to lower labor costs and lower environmental standards. A series of events and ensuing press reports have highlighted the rare earth “crisis,” as some refer to it. One such event occurred in July 2010, when China’s Ministry of Commerce announced that China would cut its exports of rare earth minerals by about 72%. In September 2010, China temporarily cut rare earth exports to Japan, apparently over a maritime dispute. This dispute highlighted the potential for disruption of the world’s supply of rare earth materials."