Thursday, 30 January 2014

La Pologne, objet de toutes les convoitises...

L’agenda du Secrétaire américain à la défense ne laisse aucun doute : les Etats-Unis sont prêts à employer les grands moyens pour courtiser leurs alliés polonais, l’un des rares pays européens à augmenter leurs efforts de défense dans le contexte actuel. En effet, le « Plan de modernisation technique des Forces Armées de la République polonaise pour les années 2013-2022 » est un appât bien tentant.

Il prévoit environ 25 milliards d’euros pour les neuf prochaines années, à dépenser via des contrats sonnants et trébuchants. L’américain Chuck Hagel est donc sur place, bien conscient des enjeux. Ceux-là mêmes que le ministre français délégué aux affaires européennes a récemment résumés en disant que « le choix qu’elle [la Pologne] opérera entre l’industrie française, européenne ou américaine, conditionnera grandement l’avenir de la PSDC [la politique européenne de défense] ». Rien que ça.

Pour rappel : ultra-atlantiste par tradition, Varsovie n’en avait pas moins éprouvé une série de déceptions (Irak, Afghanistan, défense antimissile, pivot US) au cours de ces dernières années, qui l’encouragent à regarder avec plus d’intérêt les efforts de défense européenne. Au point de finir par militer en faveur de la mise en place d’un réel quartier général opérationnel de l’UE (véritable chiffon rouge pour les Britanniques, s’il en est). De même que plaider pour l’utilisation de l’Eurocorps en tant que force d’intervention européenne (la Pologne, aujourd’hui membre associé, y deviendra nation-cadre au même titre que la France, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et l’Espagne, à partir du janvier 2016).

Le ministre polonais des affaires étrangères parle même d’« Europe-puissance », une Europe qui doit se doter des moyens pour se faire entendre dans le monde. Hourra. Reste, bien sûr, le casse-tête des contrats… Là, pas de place au romantisme : d'après l’ambassadeur de la Pologne à Paris « la question cruciale porte sur les transferts de technologies et la ‘polonisation’ de la production », afin de « consolider la base industrielle polonaise de défense ». Normal. Sauf qu’il faudra un moment décider si c’est en se verrouillant dans une position de sous-traitance par rapport aux groupes US ou dans la perspective d’une coopération européenne indépendante des Etats-Unis que les Polonais envisagent de consolider leur « base » nationale.