Tuesday, 21 January 2014

Petites perles de la semaine écoulée (19 janvier 2014) - compilation des entrées Google+

Joint Strike Fighter
Le F-35 Joint Strike Fighter avec des composants chinois? Il ne manquait plus que ça. Sous pression pour éviter encore davantage de surcoûts et de retards, le Pentagone avait donc fermé les yeux et accordé des dérogations pour pouvoir inclure dans son superavion des composants d’origine chinoise. Rien de trop grave, assure-t-on de concert aux deux compagnies incriminées (Northrop et Honeywell) et au Pentagone. Que des gadgets de 2 dollars (qui se retrouvent néanmoins dans le système de radar, entre autres…).

Une nouvelle qui a de quoi alarmer les membres du Congrès américain déjà extrêmement sourcilleux à cet égard. En effet, la même somme de 2 dollars fut évoquée dès novembre 2011, lorsque  le directeur de l’Agence de Défense antimissile US s’inquiétait publiquement de la prolifération des cas de contrefaçon dans les systèmes d’armes: « Nous ne voulons pas que la fiabilité d’un intercepteur à 12 millions de dollars soit compromise par un composant contrefait à 2 dollars ».

D’après les conclusions du rapport du Sénat qui s’en est suivi, 70% des composants suspects dans les équipements de défense US proviennent de la Chine. A l’époque, on a focalisé sur les dysfonctionnement et surcoûts occasionnés par la contrefaçon. D’autres questions sensibles (i.e. sur d'éventuels composants piégés), liées à l’infiltration du réseau de sous-traitants par des fournisseurs non 100% US, n’ont pas reçu la même attention.

Manifestement, ce n’était que partie remise. Le GAO (Government Accountability Office, une sorte de bureau d’investigation du Congrès) prépare un nouveau rapport, commandé par des parlementaires « inquiets à l’idée que les systèmes d'armes US puissent devenir dépendants sur des composants fabriqués par des adversaires potentiels ». Et il y inclura, comble du sacrilège, trois exemples impliquant l’insurpassable JSF F-35.
(Sur la base de : John Shiffman – Andrea Shalal-Esa, Exclusive: U.S. waived laws to keep F-35 on track with China-made parts, Reuters, 3 janvier 2014)

France
1. Armement : la France achète de plus en plus américain. Le constat est sans appel: « Depuis 2005, le ministère de la Défense a très largement augmenté ses achats en provenance des Etats-Unis via le système FMS (Foreign military sales). En seulement huit ans, le ministère a signé une enveloppe financière qui représente près de la moitié de celle passée entre les deux pays entre... 1950 et 2004 ». Pente savonneuse…

Pour un grand pays producteur d'armement, les « achats sur étagère » sont toujours une affaire délicate. Pour des considérations telle la perte de capacités industrielles et technologiques (créés et maintenus largement sur fonds publics), l’impact négatif sur les exportations, la vulnérabilité de la sécurité d’approvisionnement, le manque de levier sur les industriels ne serait-ce que pour des modifications ultérieures éventuelles.

De plus, acheter américain, ce n’est pas acheter à n’importe quel Tiers. D’abord parce que cela revient à renforcer les plus formidables compétiteurs de l'industrie d'armement française. Ceux qui ont pour but l’élimination, à terme, de toute option européenne. Ensuite, parce que le système US est ainsi fait que l’acheteur étranger se retrouve comme verrouillé dans une multitude d’interdits et d’obligations, les uns connus dès le départ, les autres se révélant en cours de route.

Pour couronner le tout, le message que la France envoie ainsi à l’Europe n’est évidemment pas le bon. En effet, il est en contradiction totale avec la politique affichée par le Quai d’Orsay. La France s’est efforcée ces derniers temps de réaffirmer le lien avec la politique de défense de l’UE et la base industrielle et technologique de défense européenne. En mettant en garde ses partenaires européens, par la voix de M. Fabius lui-même, contre des achats qui aspireraient leurs maigres budgets « au bénéfice des seules chaînes de production américaines »…
(Sur la base de : Michel Cabirol, Armement : la France achète de plus en plus américain, La Tribune, 17 janvier 2014)

2. Excellent éclairage de l’ancienne directrice de l’ENA, Marie-Françoise Bechtel, sur le désamour de la France par ses élites. Pour reprendre ses mots, « la spécificité française tient surtout à la détestation des élites envers la nation». Ce qui n’est pas sans lien aussi avec le schisme peuple-élites au sujet de l’atlantisme, souligné par M. Hubert Védrine dans son rapport de 2007 au président Sarkozy.

D’après M. Védrine, suite à l’approche « occidentaliste » : « Tout un pan, tout un héritage de la politique étrangère française – ton, initiatives, méthodes, partenaires – est ainsi frappé de suspicion même dans les cas où la France a eu à l'évidence raison. Il est surprenant de constater que cette tentation est forte, comme pour l'européisme, dans les élites - mais quasiment pas dans la population. »

« Cette réorientation fondamentale [sous le signe de l’occidentalisme, en vertu duquel « la France se pense avant tout comme un pays occidental, avant d'être européen ou original »] n'est pas demandée par l'opinion française qui paraît à l'aise dans la politique de la Vème République dans la longue durée ».

Ce « conservatisme » de l'opinion française est peut-être justement la lueur d’espoir évoquée par Mme Bechtel lorsqu’elle dit, « quelque chose en nous résiste. Nos bases, jusqu'à un certain point, restent solides ». Sauf que, à force d’abandons successifs par les élites, les dégâts risquent d’être de plus en plus irréversibles.
(Sur la base de : Les élites françaises ont honte de la France, propos de Mme Marie-Françoise Bechtel recueillis par Bertrand Rothé, Marianne, 19 janvier 2014)

Porte-avions US (et britanniques)
Le porte-avions dernier cri de l’US Navy « pourrait être moins performant que les bâtiments plus anciens ». Et ce pour la bagatelle de 12 milliards de dollars, quand même. D’après un rapport remis au Secrétaire à la Défense, la mauvaise fiabilité de certains systèmes critiques (décollage, atterrissage, radars etc.) « pourrait provoquer une série de retards en cascade pendant les opérations de vol, qui aurait une incidence sur la capacité [du navire] pour effectuer des sorties, et rendrait le bâtiment plus vulnérable aux attaques »

Pour le directeur des évaluations et tests opérationnels au Pentagone, il n’y a guère de doute : il faudra remettre sur le chantier la conception de certains composants clés du navire. Ce qui ne tarderait pas, à son tour, de faire monter le prix.

Une fois de plus, les fidèles Britanniques peuvent commencer à se tordre les mains en observant, de loin, les péripéties du grand cousin. Pour rappel : nos amis d’outre-Manche se sont engagés il y a deux ans dans une coopération « toujours plus étroite » avec les Américains en matière d’aéronaval.

Sous l’étiquette pimpante de « Integrated Aircraft Carrier Cooperation », « la US Navy va aider son homologue britannique à développer une nouvelle génération de porte-avions », d’après le porte-parole du Pentagone. Au train où vont les choses, on ne peut que leur souhaiter bonne chance. Inutile de préciser que Londres en aura d’autant plus besoin qu’il n’a plus guère les capacités de s’y lancer de manière indépendante. 
(Sur la base de : Bryan Bender, Navy’s new $12b aircraft carrier beset with performance problems, The Boston Globe, 10 janvier 2014)

Défense européenne
La brigade franco-allemande dans EUTM Mali ? La « manœuvre » française semble bien avoir marché, on dirait. Reste à voir jusqu'où Berlin est prêt à aller dans le domaine. D'après la dernière note de Bruxelles2: « L’Allemagne pourrait s’impliquer plus largement en Afrique, à commencer par la mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali) comme le rapporte notre homologue outre-Rhin, Augengeradenaus. La Brigade franco- allemande pourrait ainsi être engagée. Elle servirait soit de « protection de force » au quartier général à Bamako ou au camp de formation Koulikoro, soit pour les formateurs, soit les deux. »

Pour rappel:  (La BFA) « n’a jamais été déployée sous le drapeau européen, justement. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé, du côté de la France. Dernièrement, l’Allemagne aurait refusé par deux fois l’engagement de la Brigade au Mali, et pour l’opération Serval, et pour la mission d’entraînement de l'UE (EUTM Mali). »

« Dans ce contexte, une remarque, d’apparence paradoxale, du ministre Le Drian prend tout son sens. Notamment lorsqu’il dit espérer que la dissolution (du 110e Régiment d'Infanterie stationné à Donaueschingen) puisse contribuer à « renforcer les perspectives d’emploi [de la Brigade] au profit de la défense européenne ».

« Vu sous cet angle, il s’agirait de faire pression sur la partie allemande afin qu’elle consente à des déploiements réels sous enseigne européenne. Sinon, pour Paris, ce n’est pas la peine. Ultime avertissement. » (Mutilation de la brigade franco-allemande…)
(Sur la base de : Nicolas Gros-Verheyde, La brigade franco-allemande dans EUTM Mali, Bruxelles2, 18 janvier 2014)